Revoir Lascaux

Le travail de Gaëlle Bourges s’applique, pièce après pièce, à déployer une petite histoire de l’œil explorant le rapport entre représentations et histoire des représentations, faisant apparaître sur scène quelque chose qui n’a pas épuisé notre regard : certaines œuvres d’art supportent en effet qu’on refasse sans cesse retour vers elles, sans entamer en rien leur capacité à nous surprendre, à nous instruire, ou à nous renverser. La grotte de Lascaux est une de ces œuvres.

 

Le spectacle intitulé Lascaux, créé en décembre 2014, s’adressait aux adultes et déployait le spectre de l’histoire de la découverte à partir du livre de l’ethnologue Daniel Fabre (Bataille à Lascaux), qui retrace la fascination de Georges Bataille pour la grotte (Lascaux ou la naissance de l’art).

 

Revoir Lascaux s’adresse aux enfants (de la primaire aux premières années de collège : 6-12 ans), et met l’accent sur le moment de la découverte de la cavité par quatre adolescents. Car bizarrement – et Daniel Fabre l’analyse très joliment dans son livre – ce sont souvent de jeunes gens qui découvrent les grottes.

 

Est-ce parce que les enfants peuvent voir ce que les grands ont du mal à discerner parce qu’ils n’en croient pas leurs yeux ? En 1879, personne ne croit l’archéologue amateur Marcelino Sanz de Sautuola quand il découvre, grâce à sa fille de 8 ans – Maria – les peintures de taureaux à Altamira, dans le Nord de l’Espagne.

L’art pariétal ne tombe pas sous le sens.

 

C’est cette lente découverte de l’art préhistorique que le spectacle raconte, en s’arrêtant à Montignac, dans le Périgord noir.

Le 8 septembre 1940, Marcel Ravidat, un robuste montignacois de 18 ans, apprenti mécanicien, surprend son fidèle chien Robot en train de gratter près d’un trou. Il pense avoir enfin trouvé un accès menant au souterrain d’un château, que ses camarades et lui rêvent de visiter.

 

Il revient le jeudi 12 septembre avec Georges Agnel, 15 ans, Simon Coencas, 13 ans et Jacques Marsal, bientôt 15 ans. Marcel a préparé son coup : il est muni d’un coutelas et de deux lampes. Au couteau, il élargit l’étroit orifice qu’il a découvert et, après une descente verticale de trois mètres, il atteint le sommet d’un cône d’éboulis.

De là, il se glisse entre l’éboulis et la voûte hérissée de petites stalactites : une sorte de laminoir en pente qui le mène au plafond de la grotte. Au-delà, la pente continue sur huit mètres jusqu’à une première salle. Il est rejoint par ses camarades, qui dévalent la pente dans le noir – ils se souviendront longtemps des bleus occasionnés par la glissade.

C’est à quelques mètres de là, dans le Diverticule axial, qu’à la lumière fuligineuse de leurs lampes, les explorateurs aperçoivent les premières peintures : des chevaux, des vaches, des cerfs, des bouquetins…

Ce jour-là et les jours qui suivent, les quatre garçons équipés de lampes à carbure, de pioches et de cordes explorent la grotte. Ils jurent de ne rien dire à personne, mais le 16 septembre, ils décident de prévenir l’ancien instituteur de Montignac, l’érudit Léon Laval.

Leur découverte est trop énorme pour eux seuls.

 

Revoir Lascaux convoque les quatre camarades de septembre 1940 : quatre performers figurent Marcel, Georges, Simon et Jacques, équipés de lampes. Mais la grotte n’est pas ici une reconstitution fidèle, comme on peut voir aujourd’hui au Centre International d’Art pariétal à Montignac : elle est faite de panneaux de laine et de cartons empilés. Les lampes sont des téléphones portables. Le bestiaire préhistorique est composé de petits animaux en plastique dont les ombres projetées vont peupler la scène. Les quatre arpenteurs sont tour à tour les découvreurs, les faiseurs d’images et des danseurs à tête de cerfs lancés dans une cérémonie de techno-chamanisme autour d’ordinateurs. Une voix raconte l’histoire – toute l’histoire : celle objective des faits, et celle, subjective, qui recrée une préhistoire imaginaire. Ce sont toujours des histoires qui viennent peupler la tête des enfants, mais il faut toujours un habile mélange de vérité et d’invention pour que ça marche – pour que l’appétit de savoir s’ouvre. C’est ce que Revoir Lascaux tente.

Lascaux_186 © Danielle Voirin

Diffusion

2018

10, 11, 12, 13 et 14 avril : Paris (75), Théâtre de la Ville - Espace Pierre Cardin

2017

11 octobre : Château-Thierry (02), L'échangeur CDCN Hauts-de-France, Festival "C'est comme ça !"

Distribution

 

Conception, récit Gaëlle Bourges

Danse, maniement des images, chant Gaëlle Bourges, Arnaud de la Celle, Abigail Fowler, Stéphane Monteiro

Création musique, régie générale Stéphane Monteiro alias XtroniK

Création lumière Abigail Fowler

Fabrication de la grotte, des objets et des masques Arnaud de la Celle, Abigail Fowler, Stéphane Monteiro et Gaëlle Bourges

Couture de la grotte Cédrick Debeuf

Mentions

Production déléguée association Os

Co-production Le Vivat, scène conventionnée d’Armentières, La Ménagerie de Verre, L’échangeur – CDCN Hauts-de-France

Avec le soutien de L’échangeur CDCN Hauts-de-France dans le cadres d’une résidence de re-création, de la Ménagerie de Verre dans le cadre de Studiolab et de la DRAC Île-de-France au titre de l’aide au conventionnement.