Une marche rousseauiste

Une marche rousseauiste a émergé lors de la création de la pièce Le verrou (figure de fantaisie attribuée à tort à Fragonard), qui s’ouvre sur la reconstitution du tableau éponyme de Fragonard, peint à la fin des années 1770. La pièce penche plutôt du côté de la rhétorique de Sade, mais c’est Rousseau qui guide cet atelier de marche/écriture proposé par Alice Roland avec Gaëlle Bourges.

De quoi sont faites nos rêveries, ces moments de « délicieuse ivresse » chers à Jean-Jacques Rousseau ? Pour répondre à cette question, les participants suivent, accompagnés d’Alice Roland et Gaëlle Bourges, les pas de l’auteur des Rêveries du promeneur solitaire, passionné d’herborisation, qui voyait l’écriture comme une promenade et y trouvait matière à écrire.
Dans un premier temps, au cours d’une marche d’une heure ponctuée d’expériences sensorielles, chaque marcheur est invité à parcourir des paysages intérieurs et extérieurs et à contempler la nature (celle du dehors, fabriquée, inventée par la main et l’œil humains ; celle du dedans, faite des sensations et pensées que la marche engendre en nous).
Un deuxième temps est consacré à l’écriture : chacun constitue la première page d’un herbier d’impressions personnelles, à partir de ce qu’il a vécu pendant la marche – nous mettons en forme le fruit d’une cueillette de perceptions plutôt que de plantes.
Entre la recherche d’une précision de la description (comme une botanique des sensations) et l’abandon à la « délicieuse ivresse » de la rêverie, l’écriture se développe dans un « va-et-vient du détail à l’ensemble et de l’ensemble au détail », ce double mouvement qu’évoque Daniel Arasse, historien de l’art, pour expliquer le plaisir que nous éprouvons à contempler un paysage.

Photo de couverture : Herbier de Linné