La belle indifférence

La belle indifférence dresse deux petits catalogues, l’un fait d’images, l’autre de récits. Le premier présente une série de nus trouvés dans la peinture occidentale entre le XVIe et le XIXe siècles ; le deuxième expose des voix égrenant tour à tour des récits d’histoire de l’art et des récits de travail sexuel. Les deux catalogues se chevauchent, et dans leur entrelacs produisent des points de contraction : l’histoire de l’art réveille les pensées à l’œuvre dans les images (les peintures), tandis que les histoires sexuelles les font ployer (les images). La répétition des points de contraction travaille à aplatir l’excitation créée par le nu, dont c’est aussi la fonction, et non pas pour la nier – l’excitation – mais pour la mettre en relation avec les systèmes de représentation dont elle émane, qu’il serait grand temps d’aplatir aussi.

Vider Vénus rassemble trois pièces – Je baise les yeux, La belle indifférence et Le verrou (figure de fantaisie attribuée à tort à Fragonard).
La fin de chaque volet est le point de départ du suivant : disposition semblable des personnes et des objets, même rideau de velours rouge, mêmes questions.
Il est préférable de voir les trois volets si on souhaite obtenir une réponse aux questions. Mais la réponse n’étant pas limpide, on peut se contenter d’un ou de deux volets.

Photo de couverture : La belle indifférence ©Danielle Voirin